La France regarde Paul Seixas
Ne me pose pas de questions sur Paul Seixas pour cette tournée
Le cyclisme français est depuis des décennies dans un paradoxe dévastateur : il dispose d'une base sociale immense, d'infrastructures exemplaires et du plus grand spectacle du monde sur ses propres routes, mais il souffre d'un vide de pouvoir absolu dans les classements généraux.
La dalle est formidable si l'on prend en compte que la dernière victoire d'un cycliste local sur le Tour de France remonte à 1985, signée par Bernard Hinault.
Cela fait 41 ans, presque rien.


Depuis, le pays voisin est en quête obsessionnelle d’un héritier pour mettre fin à cette sécheresse.
Dans ce scénario complexe surgit maintenant la figure de Paul Seixas, qui va savoir ce qu'est la vraie pression, la bonne, celle qui paralyse plus d'une personne et les laisse au sec sans savoir quoi faire.
C'est la pression de tout un pays sur un adolescent de 19 ans sur le point d'avoir vingt ans, une brutalité qui, également dans le cyclisme, implique un risque énorme.
Penser que je pourrais me qualifier pour le Tour serait une utopie il y a seulement 10 ans, mais aujourd’hui tout le monde croit que tout est possible.
Cela devient une arme à double tranchant, puisque les enfants arrivent avec tout ce qu'ils ont appris, mais le danger de s'écraser est là.
Lors du Tour Auvergne Rhône Alpes, il connaissait déjà le goût de l'asphalte et a été doublement touché : physiquement par la chute et émotionnellement par l'état de forme monumental du numéro deux, que beaucoup considèrent comme son principal rival, Isaac del Toro.
Dans ces conditions, il convient de se demander où en sont l’apprentissage, la formation et les délais.


Voir Paul Seixas annoncer sa présence sur le Tour – non programmée en début d'année – aux côtés de ses grands-parents et de ses trophées de cycliste amateur, on a le sentiment que quelque chose est mort dans ce sport.
Les options claires ne peuvent pas être calculées ; Il est capable de tout et de rien, mais dans son sac à dos, il ne porte plus seulement son corps osseux, mais toute une nation.
Tout au long de ce désert prolongé avant leur arrivée, les espoirs français ont dévoré des cyclistes d'un immense talent.
Des personnalités comme Laurent Jalabert, Laurent Fignon, Richard Virenque, Romain Bardet et Thibaut Pinot portaient l'insoutenable responsabilité d'un pays tout entier qui exigeait des résultats immédiats, finissant souvent enterré par la pression ou relégué sur des podiums et des victoires d'étapes qu'ils connaissaient peu dans la patrie des grands champions.
L'écart était si profond que le record français de victoires dans les tours par étapes de haut niveau est resté inchangé pendant dix-sept ans, depuis que Christophe Moreau a remporté le Dauphiné en 2007. Tandis que des coureurs comme Julian Alaphilippe ont fait briller le pays dans les classiques d'un jour, les grands tours sont restés hors d'atteinte de la tyrannie des blocs étrangers.
Celui de Decathlon – la marque phare de la France – a brisé la dynamique historique en restituant l'enthousiasme au cyclisme français avec de belles performances, réussissant à briser la sécheresse dans les épreuves par étapes avec sa victoire à Itzulia, en plus de remporter la Flèche wallonne.
Sa brillante émergence entraîne une nouvelle et intéressante génération de coureurs qui comprend des noms comme Paul Magnier, Romain Grégoire, Lenny Martinez ou Kévin Vauquelin, configurant un bloc avec une qualité, du punch et une ambivalence qui contraste avec la rareté des années précédentes.
Voyons comment se porte Romain Grégoire avec le drapeau tricolore.


Même si le milieu tente de gérer les attentes pour éviter de répéter les erreurs du passé avec la pression médiatique, l'annonce de sa participation prématurée au Tour de France met en lumière sa performance.
Seixas est pour beaucoup la nouvelle lumière au bout d'un long tunnel, assumant précocement le défi de concourir sur la scène mondiale et portant tout le patrimoine et les urgences historiques d'un cyclisme qui attend depuis quarante ans pour régner à nouveau à Paris.

