Comment les grands classiques sont devenus les plus prévisibles

Dans les classiques se développe une sorte de cannibale qui enlève l'émotion dès le départ

La comparaison que Velon lance sur ses réseaux n'est pas seulement un exercice de nostalgie, c'est un miroir qui nous renvoie une dure réalité : nous vivons à une époque de cannibales qui fait passer les grands d'il y a dix ans pour des spécialistes de niche.

En confrontant les visages d'aujourd'hui avec ceux d'il y a dix ans, la première conclusion est que le cyclisme est passé d'un sport de duels esthétiques à un sport de dictatures absolues.

Le couple Tadej Pogačar et Peter Sagan est le plus évident en raison de la luminosité de l’arc-en-ciel, mais c’est là que s’arrête la similitude.

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Sagan était le charisme qui soutenait le cyclisme moderne, un coureur total, mais Pogacar a élevé les enjeux à une dimension où les monuments tombent par inertie, quel que soit le terrain.

Quelque chose de similaire se produit avec Tom Boonen et Wout van Aert.

C’est une comparaison légitime physiquement, mais tortueuse émotionnellement.

Boonen a terminé les tâches, il était le propriétaire des pierres ; Van Aert, en revanche, nous maintient dans un état d'insatisfaction éternelle, un immense coureur qui semble toujours nous laisser vouloir ce coup définitif que son prédécesseur a exécuté avec une précision chirurgicale.

Dans le duel suisse-italien entre Fabian Cancellara et Filippo Ganna, la balance est vite déséquilibrée.

Cancellara est un pilier historique des classiques, un cavalier qui a dominé le pavé avec une autorité presque mystique.

Ganna, en revanche, reste un contre-la-montre en voie de reconversion, quelqu'un qui revendique une médaille à San Remo mais qui n'a pas encore prouvé qu'il pouvait tenir tête dans la boue et l'agonie des épreuves belges.

En revanche, le duo Van Avermaet et Van der Poel nous montre le passage d'un opportunisme de qualité à une domination absolue.

Même s'ils ont coïncidé, le Néerlandais a effacé toute trace de concurrence, détruisant les scénarios où le Belge a souffert pour s'imposer.

L'excellence nordique de Kristoff et Pedersen, ou l'étincelle de Valverde et Remco Evenepoel dans les Ardennes, renforcent cette idée selon laquelle le cyclisme actuel ne comprend pas les fonctions de délégation.

Alors qu'avant, des gars comme Purito Rodríguez collectionnaient les podiums avec une classe infinie, aujourd'hui des coureurs comme Ben Healy tentent de se démarquer dans un écosystème où Pogacar ne laisse même pas une miette derrière lui.

Nous vivons un moment exceptionnel, certes, mais aussi tyrannique où les deux grands patrons ne donnent pas de joie même à leurs propres membres grégaires, obligeant le reste des dirigeants à se contenter des restes d'un banquet qui semble n'avoir aucune fin.


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