Assez joué avec le nom des courses
Le calendrier maximum n'arrête pas de changer les noms des courses
Il semble parfois que le cyclisme moderne soit déterminé à effacer sa propre biographie avec un chéquier et un bureau.
Ce n'est pas la première fois que nous l'écrivons dans ce cahier mal annelé, en essayant de déchiffrer l'essence de ce sport, et j'avoue que cela devient de plus en plus difficile pour nous qui croyons que l'identité est quelque chose qui se vend.
Le prestige ne s’hérite pas par virement bancaire ; le prestige se forge sur l'asphalte, dans les fossés et dans la mémoire collective d'un hobby qui, malgré les directeurs marketing, n'est pas amnésique.


Ce qui s'est passé avec le Critérium du Dauphiné n'est qu'une amputation sentimentale.
Que la course qui servait de thermomètre au Tour de France, historiquement liée à un journal, s'appelle désormais Tour Auvergne-Rhône-Alpes en raison des besoins de financement régionaux est le symptôme définitif que l'institutionnel a dévoré le mythique.
De même, voir Gand-Wevelgem rebaptisée « Au champ d’honneur » en raison d’un changement de sortie vers Middelkerke nous oblige à nous demander si la géographie et l’histoire ne sont désormais que de simples atouts publicitaires.
Ils nous vendent la valeur historique des champs de bataille tout en enterrant le nom qui nous faisait vibrer.
Les perspectives ne sont pas meilleures dans les classiques.
Paris-Roubaix, l'Enfer du Nord, doit désormais porter le nom de famille Hauts-de-France dans son registre officiel.
C'est une redondance qui n'apporte rien à la légende du pavé, et la Classique Brugge-De Panne ne se déguise pas non plus en « La Grande Classique du Sprint ».
C’est une obsession de simplifier et de commercialiser des concepts qui fonctionnaient déjà par eux-mêmes.
Dans cette envie de modernité incomprise, on tombe sur la soupe à l'alphabet de l'E3 Saxo Classic ou sur la froideur industrielle des BEMER Cyclassics à Hambourg.
Même le Renewi Tour ressemble plus à une gestion des déchets qu'à une bataille épique qu'était le Benelux, cette course particulière a presque autant de noms que d'éditions.


Nous résistons à ce langage imposé.
Nous refusons qu'une course perde son âme simplement parce qu'un sponsor, qu'il s'agisse d'une entreprise de gestion des déchets ou d'une banque danoise, a besoin que son logo soit lu dans le classement.
Le cyclisme, c'est avant tout le respect de la tradition.
Lorsque le Santos Tour Down Under ou la Copenhagen Race tentent de s'imposer comme des marques totales, ils oublient que le fan cherche la racine et non le slogan.
En fin de compte, peu importe à quel point ils essaient de changer les étiquettes des podiums, pour nous l'essence sera toujours dans le nom qui nous a fait aimer ce sport, pas dans celui qui apparaît sur la facture de l'organisation.

