Quand Van Aert ruinait les rêves de Pogacar

Van Aert vs Pogacar : peu de duels mais symboliques

Le cyclisme, dans sa mémoire bénie et parfois cruelle, est construit sur des épaves de train.

Si quelque chose a défini l’époque dans laquelle nous vivons, c’est bien la capacité de Wout van Aert à être l’épine dans le pied de Tadej Pogačar.

Même si le calendrier nous vole désormais une nouvelle mêlée immédiate après le sommet de Paris-Roubaix, il vaut la peine de s'arrêter sur ces pierres que le Belge a su poser sur le chemin du génie slovène.

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Pogacar est le meilleur de sa génération, topv2 de l'histoire, mais même les dieux saignent quand quelqu'un comme Van Aert décide que l'asphalte lui appartient.

Nous voyageons vers les étés 2022 et 2023, lorsque Van Aert ne courait pas, mais lévitait.

On se souvient encore de cette journée Hautacam du Tour 2022 dans notre rétine, avec une clarté effrayante.

C'était une démonstration de toute-puissance : Van Aert a fait irruption dans l'échappée presque dès le drapeau de départ, a dévoré des kilomètres et, lorsque le moment de vérité est arrivé, est devenu la dernière voiture du train qui a énervé Pogačar.

Voir le Belge lâcher le Slovène du volant pour laisser sur une plaque la phrase de Jonas Vingegaard, c'était la confirmation que le cyclisme total avait un nom et un prénom.

L’année suivante, il fut une nouvelle fois le chef-d’œuvre de l’architecture anti-Pogačar, démontrant que pour battre les meilleurs, il faut un footballeur, un contre-la-montre et un grimpeur, le tout regroupé dans le même numéro.

Cependant, le destin récent de Van Aert a été un inventaire de malheurs : chutes, accidents et ces « subtilités » que ce sport réserve à ceux qui risquent tout ici.

Pourtant, parmi les cicatrices, nous sauvons des triomphes d’un symbolisme écrasant.

Comme cette première à Montmartre l'année dernière, ou son exhibition sur les Champs-Élysées en 2021, où il a battu Mark Cavendish au sprint, empêchant le Britannique d'effacer d'un trait de plume le record d'Eddy Merckx. C'était l'antithèse de son triomphe ultérieur, preuve que sa portée d'action est sans précédent.

La tension entre les deux hommes a atteint son paroxysme il y a à peine deux semaines en Flandre.

Là, Pogačar a riposté, faisant exploser Van Aert dans le vieux Kwaremont pour s'envoler vers son troisième succès à De Ronde.

Nous sommes face à deux géants : l’un écrira les livres d’histoire avec des lettres d’or ; l'autre, Van Aert, restera dans les mémoires des palais fins comme celui capable de tout bien faire, de battre les spécialistes dans son domaine et d'être le seul doute raisonnable face à la tyrannie de Tadej.

Quelle chance nous avons.

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