Le cyclisme ne comprend pas les drapeaux, le Tour moins

Dans le cyclisme que j'aime, je ne regarde pas le drapeau du cycliste, même pas sur le Tour.

Regarder le Tour de France sans drapeaux est l'une des plus grandes leçons que cette fois-ci le plaisir du cyclisme m'a apporté.

C'est un apprentissage que j'ai déjà intériorisé et que je souhaite continuer à réaliser avec rigueur.

Au final, le cyclisme s'affirme toujours comme le sport le plus universel au monde, une discipline où les frontières s'estompent dès le départ.

CCMM ValenceCCMM Valence

Je vais vous raconter une anecdote récente qui illustre parfaitement cette réalité.

L'autre jour, les gens de Catalunya Ràdio nous ont invités à leur podcast dans un épisode consacré à la synthèse des victoires catalanes dans l'histoire du Tour de France.

Les données froides et objectives nous indiquent qu'il y a un total de dix victoires, réparties entre sept coureurs.

Cependant, lorsqu’on approfondit la liste et qu’on analyse l’origine des protagonistes, le récit identitaire se brise pour laisser place à la richesse de la globalité.

Parmi les sept coureurs qui constituent le record historique, il s’avère que seuls deux d’entre eux sont réellement nés en Catalogne.

Nous parlons spécifiquement de Purito Rodríguez et de Miquel Poblet.

Le reste des cyclistes qui complètent ce groupe restreint et qui s'ajoutent à cette liste de triomphes ont des origines qui dépassent largement la géographie catalane.

Parmi eux, nous trouvons Mariano Cañaardo, originaire de la belle Olite, José Pérez Francés, qui est cantabrique ; à Pedro Torres, originaire de Malaga et à Joan Antoni Flecha, un coureur né en Argentine.

Cette répartition par noms et lieux de naissance montre que le véritable succès du cycle français ne passe pas par les passeports ou les drapeaux uniques.

L'histoire du Tour s'écrit avec les jambes de coureurs d'horizons multiples qui, en raison de diverses circonstances de la vie et du sport, finissent par être liés à un territoire et viennent enrichir leur palmarès.

Se contenter de l'étiquette superficielle de triomphe régional, c'est passer à côté de la véritable essence de ce sport, qui réside dans sa capacité à accueillir, mélanger et universaliser les exploits d'hommes nés dans des régions aussi diverses que la Navarre, la Cantabrie, l'Andalousie ou Buenos Aires.

En discutant un peu avec Isaac Vilalta de cette circonstance, nous avons mis sur la table comment les drapeaux, trop souvent, ne servent qu'à nous enfermer dans des cadres mentaux étroits.

Cet effort de tout classer sous une seule bannière ne fait qu’élever certains murs invisibles qui limitent la perspective réelle des choses.

C’est l’effort de vouloir réduire le cyclisme à ce filtre identitaire, à ce parti pris qui cherche à s’approprier la victoire sur l’exploit sportif lui-même.

La réalité du cyclisme, analysée avec cette approche critique que nous avons toujours recherchée dans cette maison, montre que les cadres mentaux ne peuvent pas supporter le poids des données.

Quand on essaie de regrouper dix victoires dans un seul drapeau et qu’on découvre cette géographie ailleurs, l’argument nationaliste s’effondre sous son propre poids.

Les drapeaux ne fonctionnent que comme des frontières administratives cherchant à s'approprier un mérite qui, par nature, appartient à l'universalité de l'effort humain et à l'athlète lui-même.

Cette volonté de limiter la réussite à une origine précise répond à un besoin d’affirmation de soi qui n’a pas grand chose à voir avec les valeurs de la pédale.

Le Tour de France ne comprend pas ces limites territoriales.

En fin de compte, l'analyse rigoureuse de l'histoire nous enseigne que le cyclisme est un sport libre de ces liens, où le véritable supporter apprend à valoriser la distance et la souffrance au sommet, quelle que soit la place qui figure sur la pièce d'identité du coureur.

image: ASO/Billy Ceusters


Continuer la lecture

Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Annuler la réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'un *


Ce site utilise Akismet pour réduire le spam. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

A lire également