Tour : Jonathan Milan, en territoire inconnu
Ce Giro gêne Jonathan Milan depuis le début
Sur la photo que j'illustre, on voit Jonathan Milan sur le mur jeudi, d'un côté du groupe, avec l'obsession d'atteindre le sommet avec le temps nécessaire pour réintégrer le peloton et disputer un nouveau Giro sprint.
Paul Magnier a encore gagné.
Ce n'était pas un duel, il n'y avait pas d'émotion, le Français a gagné haut la main : trois étapes et maglia ciclamino, à défaut de clôturer la balance dans la belle Rome.


Ce qui a été vécu à cette étape du Giro est le reflet vivant d’une pression suffocante qui altère la perception du sport lui-même.
On a vu un sprinteur de son calibre s'excuser publiquement auprès de ses coéquipiers après avoir terminé en troisième position, c'est aussi marquant que symptomatique de l'époque.
Le géant du Lidl-Trek a connu une journée d'une endurance remarquable, surmontant les difficultés orographiques du Muro di Ca' del Poggio et restant dans la lutte pour la victoire dans un résultat souris et complexe.
Jonathan Milan a assumé l'entière responsabilité du résultat, exonérant le blocage qui a fonctionné pour lui toute la journée et désignant sa propre position dans le dernier virage comme le principal déclencheur de la défaite.
L'entrée dans la variante finale en quatrième position, perdant la référence directe à la roue de Paul Magnier, a dicté une sentence irrévocable dans un dernier kilomètre technique et vertigineux.
La crudité de ses propos, admettant que son positionnement était erroné et qu'il devait accompagner le sillage du cycliste français, révèle la formidable exigence qui pèse sur les leaders des grands tours.
Arriver avec le signe favori et se retrouver avec zéro victoire à ce stade de la course crée un terreau où l'honnêteté frise la culpabilité excessive.


Lui qui a remporté quatre étapes du Giro et deux du Tour, qui s'est habillé de cyclamen et de vert jusqu'au bout, n'avait encore jamais foulé cette étape.
Contrairement à l'année dernière, les rôles ont été inversés avec Pedersen : le Danois au Tour, l'Italien au Giro.
Et il n’y a eu aucun événement mécanique ou chute imprévu ; C'était la lecture tactique pure et simple de quelques secondes décisives où la vitesse obscurcit le succès.
Au final, le cyclisme reste un sport d'espaces et de décisions instantanées, peu importe à quel point les structures tentent de programmer chaque mètre du parcours.


Et Dieu merci, c'est comme ça.
Milan n'a qu'une dernière chance sur le circuit de Rome pour transformer ces excuses sincères en la célébration qui a tant résisté.

