Le souvenir d'Igor Antón lorsqu'il quitta la Vuelta en tant que leader
Le précédent du leader déchu de la Vuelta est celui d'Igor Antón
Je m'en souviens bien, c'était la première Vuelta du maillot rouge, quand Igor Antón, solide leader après les Pyrénées, a abandonné la course à cause d'une chute.
Le cyclisme enseigne soudain que le dôme de verre n'existe pas.
Passer du piédestal absolu au sol est l'affaire d'une seconde, d'un choc imperceptible ou d'une imprudence à grande vitesse.


Ce que Pogacar vient de vivre vêtu de rouge sur le chemin de Xeraco est une copie directe de ce qu'Igor Antón a subi sur le chemin de Peña Cabarga.
Nous l'avons dit l'autre jour : un jour, vous avez l'air invincible, vous donnez le ton de la course et chérissez la victoire finale, et le lendemain, vous vous retrouvez dans une ambulance directement à l'hôpital avec votre peau détruite et vos rêves au sol.
Ce contraste brutal fait partie de l'essence de ce sport, même si on a tendance à l'oublier entre les exhibitions et la demande de watts.
Personne n'a d'assurance-vie lorsqu'il roule à quarante kilomètres par heure sur des roues fines.
Nous lisons qu'Antón était le propriétaire moral de ce grand, il volait dans les montagnes et transmettait un sentiment de contrôle total qui ne laissait aucune place au débat.
Le Slovène a projeté la même chose, encore plus, dans cette manche, en contrôlant les temps et en imposant un rythme qui épuisait tout rival qui tentait de le suivre.
La fragilité humaine finit par assimiler le mythe au plus modeste grégaire.
Le coup fait mal au corps, mais il pique beaucoup plus à la tête.




L'épreuve de passer de la tête de la course à voir le peloton s'éloigner de la civière laisse une marque indélébile sur le cycliste.
Changez de perspective, rappelez-vous que la victoire n'est jamais garantie tant que vous n'avez pas franchi la dernière ligne et montrez que l'asphalte ne respecte ni les honneurs ni le favoritisme.
L'histoire des trois grands montre que le vêtement de leader devient parfois maudit et que le billet de retour anticipé a été signé par des mythes de tous les temps.
Antón n'a pas été le seul à sortir habillé en leader à cause d'une chute.
La liste des abandons tragiques va de Luis Ocaña tombant au Col de Menté vêtu de jaune dans le Tour à Bernard Hinault renversé par son genou, en passant par Pascal Simon souffrant d'une clavicule cassée, Chris Froome tombant dans la défense de son Tour avant d'entrer dans les pavés et Primož Roglič contusionné en allant chercher le rouge d'Evenepoel.


Il est curieux de voir comment le destin répète ses scénarios avec précision. Les visages et la technologie changent, mais le drame profond du pull rouge déchiré sur la route garde intacte sa crudité.
Cette leçon d’humilité forcée nous rappelle que derrière chaque champion se cache un organisme exposé au désastre à tout moment.









